Compositeur russe naturalisé
français, puis naturalisé américain.
Bizarrement, il ne fut
pas naturalisé tout court après sa mort.
La plupart de ses petits
enfants, plus familiers des personnages de Walt Disney que de ceux
de Guerre et Paix de Tolstoï, ont toujours eu du mal à apprécier
la mélancolie slave de la belle musique de leur grand-père. Ils
confondaient tout le temps "le sacre du printemps" avec la
musique de Bambi "Tip tip top quand voilà la pluie... " Quand,
le dimanche, le grand-père Igor s'installait au piano devant toute
la famille Stravinky, le silence religieux qui s'installait d'abord
était la conséquence d'un profond ennui. Igor détestait par dessus
tout entendre le bruit pétillant du Coca-Cola servi pendant qu'il
jouait. Sans parler des rots qui s'ensuivaient immanquablement.
Le pire est que cette attitude désinvolte et inculte provoqua la
perte irrémédiable de la dernière création musicale du maître. Un
matin, faisant auditionner à sa famille une œuvre majeure qu'il
avait composée de nuit en raturant avec passion son cahier de partitions,
il s'entendit dire par Peter, son petit-fils : "Mouais, pas mal,
mais pour le rythme ! Et puis, dans le troisième mouvement, c'est
copié sur l'intro d'Angie des Rollings Stones..." Blême et silencieux,
Igor arracha une à une les feuilles du cahier de partition. Puis
il les roula en boule et les brûla dans la cheminée.
Comme quoi il ne faut
jamais froisser un papy russe.