Acte
1, scène 2
Restés
seuls et silencieux sur scène, le couple royal mesure en cet instant
crucial le poids tragique du destin qui s'échine à vouloir ployer
leurs frêles épaules. Ah ! Il est des jours où l'histoire se précipite,
pensent-ils. Et quoique Roi et Reine, ils n'en demeurent pas moins
et respectivement homme et femme, c'est à dire rien que deux êtres
humains finalement. Qui s'interrogent.
Le Roi
rumine : faut-il délivrer promptement Romorantin ? Un départ en croisade
ne provoquerait-il pas une diversion salutaire qui embrouillerait
l'ennemi ? Hésitant à la croisée de ces deux chemins, il jauge leurs
fortunes probables. L'un semble mener inéluctablement à la catastrophe,
l'autre conduire irrémédiablement le pays à la destruction totale...
Quant
à la Reine, elle se questionne aussi : Où était le Roi cette nuit
? Que faisait-il ? Le message de Romorantin tombe bien à point...
Aurait-il soudoyé ce zélé messager en chemin afin de se ménager une
porte de sortie honorable ? Il va sans dire que toutes ces pensées
ne sont pas exprimées. Elles devront pourtant être perçues par les
quelques spectateurs qui sont encore éveillés. Pour cela, on exploitera
au mieux les talents des deux acteurs (raclements de gorge, frottements
de mains moites...). On pourra également utiliser un subtil jeu d'éclairage
ou une musique de circonstance si les crédits le permettent.
Enfin,
la Reine brise le silence :
La Reine
:
Ah Léon, je vous trouve bien emporté
Est-ce vraiment la peine de guerroyer ?
Le Roi
:
Pour mon Royaume et pour tous mes ancêtres
Moi, Léon, Roi de Bayonne, je dois être
Un ardent défenseur des intérêts
De la noble lignée Plantagenets
La Reine
(pleurant):
Hélas, hélas, hélas, mon cœur se lasse
De tous ces sots départs intempestifs
Et s'il faut à nouveau que guerre se fasse
Laissez-moi encore caressez vos tifs.
La Reine
s'approche du Roi et lui caresse avec nostalgie la partie du crâne
épargnée par la calvitie.
La Reine
(poursuivant tendrement) :
Oh, je sais, parfois, vous quittez la couche
Pour des brins d'aventures plus ou moins louches
Pourtant je reste à vous à tout jamais !
Je vous aime toujours comme je vous aimais...
Le Roi
:
Ah Suzon ! Quelle tendre révélation !
Qu'attendiez-vous pour cette confession !
La Reine
:
Mon roi à moi, ma croix, mon choix, ma loi !
Le Roi
:
Ma douce Mie, mon p'tit bout de nougat !
La Reine
(s'écartant soudain du Roi) :
Oh, funeste jour qui lui fait comprendre
Que pour lui, toujours, j'ai le cœur trop tendre
Déjà la guerre, mon amour, veut reprendre
Destin sans pitié aux cruels méandres...
Le Roi
:
Mais non ! Car il existe une troisième voie !
Celle de la paix : l'amour triomphera !
Si mon bras brave, vengeur et séculier
Range dans son fourreau mon épée dorée
L'ennemi en sera tout étonné
Il dira : est-ce la peine de continuer
A guerroyer, massacrer, se faire tuer
Alors qu'en paix, on peut batifoler ?
La Reine
:
Oh oui mon Léon, batifolons donc !
Et de long en large, et de large en long,
De l'aube mutine jusqu'au bout du jour,
Enivrons-nous des nectars de l'amour !
Le Roi
:
Creusons des sillons partout alentours !
Mettons tout le monde enfin aux labours !
Et couvrons la si belle terre de France
D'une riche semence porteuse d'espérance !
La Reine
(en extase) :
Alors surgira, lumière radieuse...
Le Roi
(essayant de ne pas se faire voler la vedette par la Reine):
... prospérité, bonheur et paix glorieuse !
La Reine
(toujours en extase) :
Pour toujours viendra une ère pétulante...
Le Roi
(cherchant ses mots) :
... Hector ! Apporte donc un verre de menthe* !
A cet instant,
le messager, l'hallebardier, Hector (un verre de menthe à la main)
et l'ensemble de la cour surgissent à l'improviste des coulisses,
la mine réjouie, et entonnent en choeur :
Oh joie ! Oh bonheur ! Et vive le Roi !
Et merci St Jacques ! Vivent les p'tis pois !
On n'a plus le trac ! Et vive la Reine !
Ah ! délice suprême, les choux à la crème !
FIN DE
L'ACTE I
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