Montagne conique d'origine
volcanique par son père et auvergnate par sa mère.
Né de la brutale fusion
du feu de l'enfer et de la douce terre du Vivarais, le Gerbier-de-Jonc
nous regarde désormais goguenard du haut de ses 1551 m. Il témoigne
de la poussée héroïque du magma terrestre cherchant, avec une certaine
élégance, à élargir ses horizons.
"Gerby is not at all
as Vésiouve or Pumpéy", déclarent, unanimes, les deux touristes
américains annuels et statistiques que l'on peut croiser sur les flancs
escarpés du Gerbier. Inactif depuis les temps immémoriaux, ce volcan
n'a plus la cote auprès des scientifiques, sauf à l'I.G.N. Déplorons
ici un court instant cette attitude qui se répand chez les jeunes
vulcanologues : ils n'ont plus aucune patience ! Ils veulent des résultats
immédiats, parfois tout de suite, de préférence spectaculaires, et
si possible assez tôt pour passer au journal de 20 heures. Qu'ils
prennent exemple sur un de leurs illustres prédécesseurs, Raoul Lecruchet.
Ce dernier a sacrifié 47 années de sa prometteuse carrière dans l'observation
méthodique du mont Gerbier-de-Jonc, de jour et notamment nuitamment,
pour ne pas rater le réveil du volcan endormi. Certes, son espoir
ne s'est jamais concrétisé, mais cette figure emblématique témoigne
à quel point la science authentique est avant tout affaire de recherche
obstinée et de persévérance. Tout bien considéré, ce n'est pas sa
provenance volcanique qui donne au Gerbier-de-Jonc sa relative célébrité,
mais plutôt une petite source qui coule de son flanc et donne naissance
à un fleuve majeur de France : la Loire. Celle-ci, consternée de sa
modeste origine, renie le mont Gerbier en coulant délibérément dans
la direction opposée.
Honte à la Loire et Gloire
au Gerbier !