Ecrivain raté qui souffrit
toute sa vie d'être le frère du fils de sa mère. Rappelons ici que
son frère, Daniel Defoë, est le fameux auteur de la non moins
fameuse "île au trésor" de Stevenson. Mais le plus connu des
romans de Daniel Defoe est sans conteste "Robinson Crusoé".
C'est une histoire d'aventure exemplaire : elle a envoûté l'imaginaire
de tant de lecteurs dans tant de pays et à tant d'époques (à
l'exception du haut Moyen-Age), qu'elle a forgé un nouveau mythe :
celui de l'homme civilisé abandonné sur une île déserte, déchiré entre
les rudes joies de la belle nature sauvage et le souvenir des dimanches
après midi passés à boire du thé à Picadilly. Pour se distraire, le
héros découvre à un moment du bouquin Vendredi, puis ses six autres
frères nains (Lundi, Mardi, Mercredi, Jeudi, Samedi et nous n'arrivons
jamais à nous souvenir du dernier). Malheureusement, ils ne trouveront
jamais la cachette secrète de Blanche-Neige.
Bon, nous venons d'évoquer
le livre de Daniel Defoë, mais juste pour situer le contexte,
car c'est bien de René Defoë qu'il est question dans ce
dictionnaire alphabétique uninominal. Or il faut savoir que René n'était
pas si mauvais écrivain que ça. Le problème est qu'il n'avait pas
tellement d'imagination. Il passa sa vie à tenter d'écrire un remake
amélioré de la célèbre histoire de son frère. Il lui donna pour titre
"Robin, t'as cru Zoé ?".
L'extrait suivant, même
s'il ne parvient pas, et de loin, au niveau de l'œuvre originale,
témoigne pourtant des efforts littéraires louables de René pour se
démarquer du style de son frère :
*******
" ... Il était dans les
six heures tropicales, mais de toutes façons, cela n'avait plus guère
d'importance. Sa montre ne marchait plus depuis quelques jours déjà.
Et puis, à quoi bon avoir l'heure exacte, quand on est seul sur une
île déserte de quatorze mètres de diamètre, échoué par une grosse
tempête un soir de pleine lune.
- Plutôt que d'avoir l'heure exacte, mieux vaut survivre, se disait-il
souvent. Cette simple phrase devint au fil des jours sa maxime favorite,
celle qui lui redonnait du cœur au ventre pendant ses courts moments
de déprime. Il se disait aussi :
- Mieux vaut manger du chou-fleur que d'avoir la bonne heure. C'était
bien un raisonnement de breton. Il s'entêtait en effet à vouloir faire
pousser quelques choux-fleurs et autres légumes divers sur les quelques
arpents tropicaux que le Destin avait eu la bonté de lui octroyer.
Il commençait à prendre son rôle de Robinson très au sérieux. Il avait
même des pointes d'angoisse très réussies, dans le genre romantique,
le soir avant de s'endormir. Il pouffait parfois de rire quelques
instants, mais savait se ressaisir et se hisser à la hauteur de sa
tragique infortune. Pour les graines, il en avait eu drôlement de
la chance. Il en avait miraculeusement retrouvées dans la poche revolver
de son costume trois pièces : minuscules promesses de carottes, de
choux-fleurs, de poireaux, de belle potée... Il regrettait que la
Providence Divine ne lui ait octroyé de surcroît quelques graines
de chipolatas, mais il remerciait quand même chaque jour son Créateur
du fond du cœur.
Dès le premier jour,
il avait entrepris de débroussailler la plus grande partie de l'île
minuscule. Les semences étaient assez nombreuses, mais la place lui
manquait cruellement. Un matin, il dut se résoudre à arracher de magnifiques
fleurs d'orchidées. Il en éprouva une discrète tristesse. Il déracina
aussi des bambous, de compagnie certes distrayante, mais trop envahissants.
Vint le moment où il s'aperçut qu'il avait oublié de faire les cabinets.
Il dut arracher aussi, avec un peu de mélancolie, les dernières pousses
de baobab*".
*******
* René
Defoe a pompé cette dernière phrase du "Petit Prince" d'Antoine De
St Exupéry, preuve qu'il savait varier ses sources d'inspiration...